Programme et inscriptions. Journée d’Étude : « Vieillesses (im)mobiles. Analyses pluridisciplinaires des mobilités locales au grand âges. » (Lundi 5 février 2018, MSH Paris-Nord, Saint-Denis)

 

La notion de « mobilité locale » aussi appelée « mobilité quotidienne », est mobilisée par diverses disciplines des sciences sociales (psychologie, sociologie et géographie). Parmi ses nombreuses appréhensions, on peut retenir qu’elle se réfère « aux territoires que nous fréquentons, aux ressources que nos capacités nous permettent d’atteindre et de mobiliser, aux obligations de mobilité qui résultent tant de l’organisation des espaces que de normes, implicites ou explicites » (Orfeuil, Ripoll et Hancock, 2015 : 12). Aussi, si cette mobilité prend un caractère individuel, sa mise en oeuvre dépend de l’environnement physique (relief, météorologie, aménagement urbain) et social (ressources, cultures, réseau relationnel, urbanisme, etc.). On comprend avec Danilo Martuccelli combien l’expérience de la mobilité est profondément traversée par une dimension sociale. Au coeur de l’épreuve de la ville, « les individus sont désormais contraints d’apprendre à gérer à la fois [leur] enracinement (…) et [leur] mobilité » (Martuccelli, 2006 : 123). Cette notion de mobilité permet d’aborder les tensions auxquelles sont confrontés les individus : le soi et les collectifs, la mobilité et l’enracinement, l’environnement connu et l’inconnu, maîtrisé ou menaçant, etc.
L’ancrage social de la mobilité locale amène l’individu – au gré de sa position dans le cycle de vie, de son état de santé, de sa situation familiale et professionnelle, mais aussi du climat – à aménager et à faire évoluer sa façon de se déplacer, d’appréhender l’espace, la distance à autrui. Dans le cadre de la mobilité locale des personnes âgées, les tensions ont tendance à s’accentuer entre la personne (ses appréhensions, ses contraintes physiques) et son environnement. À partir de ces éléments, la perception de l’environnement évolue. À l’heure de la retraite et au grand-âge, la mobilité locale est marquée par une transition : celle-ci prend souvent la forme d’une modification des pratiques de mobilité quotidienne et peut s’illustrer par une décroissance des déplacements. D’une part, cette transformation est induite par les évolutions qui s’opèrent dans les autres domaines de vie : la cessation des rôles professionnels, la modification des rôles familiaux et des obligations familiales envers les ascendants et les descendants, etc. D’autre part, l’apparition ou l’augmentation des difficultés physiques présente le risque de générer des ruptures de chaînes de déplacements et un rétrécissement des déplacements locaux et quotidiens (Dumas, 2012). La perspective de l’épreuve du grand-âge permet de lire l’expérience de la mobilité au prisme de la tension entre le sentiment d’« éloignement du monde » et l’enjeu du « maintien dans le monde », tension qui peut être révélée, ou accentuée notamment par la promotion politique du « vieillissement actif ». (Caradec, 2007). Aujourd’hui, la mobilité est analysée par certains auteurs comme étant une « mobilité facilité » (Amar et Hatchuel, 2010), notamment grâce au concours des nouvelles technologies. La mobilité locale est alors perçue comme un levier d’inclusion de la personne dans la société, il en résulte une certaine injonction à la mobilité. En ce sens, on peut s’interroger sur le poids des politiques publiques comme agent promoteur et facilitateur de mobilité locale, notamment pour les personnes âgées. D’une part, les politiques qui se développent autour de la prévention, du « bien vieillir » prônent la réalisation d’activités physiques régulières. D’autre part, la loi d’Adaptation de la société au vieillissement désigne la mobilité comme canal d’intégration des personnes âgées dans la société via notamment l’aménagement des transports en commun. Selon ces politiques publiques, la mobilité apparaît comme un objectif à maintenir et à atteindre. A l’inverse, on perçoit une conception impensée voire négative de son corollaire : l’immobilité. Dans un effort de déconstruction de ces représentations, on peut s’interroger sur la manière dont la réduction des mobilités locales est vécue par les personnes âgées et très âgées, et repérer les formes de revendication des pratiques casanières.

C’est donc autour de ces questions de mobilité et d’immobilité au grand-âge que cette journée d’étude est consacrée : comment évoluent les pratiques de mobilité à la retraite et au grand-âge ? À quelles stratégies recourent les personnes âgées pour maintenir, ou aménager leurs déplacements quotidiens ? Quels outils (humains, techniques, technologiques) sont mobilisés ? Quelle est la place des professionnels et des politiques publiques qui orientent leurs interventions, et quelle réception en est faite par les personnes âgées ou leur entourage ? Comment concilier injonction au mouvement et aspiration aux pratiques casanières ? Enfin comment concilier injonction aux déplacements et sécurité de ces derniers lorsque ceux-ci deviennent moins aisés ?

Pour cela, nous proposons d’orienter les réflexions en trois axes. Dans un premier temps, il s’agira d’étudier l’évolution des déplacements aux âges avancés, en termes de nature et d’intensité, ainsi que les stratégies d’aménagement (Axe 1). Dans un deuxième temps, nous nous intéresserons aux supports mobilisés par les personnes âgées dans leurs déplacements, et dans leur évitement : techniques, symboliques ou relationnels (Axe 2). Dans un troisième temps, nous nous intéresserons à la place des proches et des professionnels dans ce qu’on pourrait appeler le « travail de mobilité », et « travail de contrainte » (Axe 3).

 

Lundi 5 février 2018

MSH Paris-Nord, salle 414

de 10h à 17h

L’inscription est gratuite mais obligatoire à l’adresse suivante : vieillesses.im.mobiles@gmail.com

Découvrez le programme complet de la JE ici.

Attention, cette journée sera suivie de l’Assemblée Générale du groupe VieillissementS et Société, à partir de 17h00

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