« Habitat Intermédiaire et maintien de l’autonomie » Laurent Nowik – Intervention du 24 février 2015

A l’occasion de la JE du 24 février 2015 intitulé « L’intermédiarité des Habitats Intermédiaires : la question de la perte d’autonomie », Nous avons eu le plaisir d’écouter Laurent Nowik, auteur en novembre 2014 avec Alain Thalineau de « Vieillir Chez-soi, les nouvelles formes du maintien à domicile« .

Voici un résumé de son intervention.

Laurent NOWIK, Maitre de conférences en Sociologie et Démographie à l’Université de Tours, « Habitat intermédiaire et maintien de l’autonomie »
Laurent Nowik a dirigé l’an passé avec Alain Thalineau un ouvrage intitulé Vieillir Chez-soi – les nouvelles formes du maintien à domicile au sein duquel un chapitre est consacré à la définition de l’habitat intermédiaire. Cet ouvrage fait suite à une recherche financée par la région Centre sur les mobilités résidentielles vers des formes d’habitats pour personnes âgées, alternatives aux EHPAD.
Lors de sa communication, Laurent Nowik est revenu sur l’ensemble du parcours réflexif qui a abouti à une définition de « l’habitat intermédiaire ». Le travail de définition est en effet rendu complexe par l’absence de reconnaissance officielle de l’habitat intermédiaire dans les statistiques officielles (INSEE). Il n’en reste pas moins une première étape indispensable pour cerner l’objet de recherche : les mobilités résidentielles vers les nouvelles formes d’habitat pour personnes âgées proposant à la fois une alternative au domicile traditionnel et à la fois une alternative aux structures médicalisées du type EHPAD.

1. La difficile définition de l’Habitat Intermédiaire

Pour définir les habitats intermédiaires, Laurent Nowik et son équipe ont visité plusieurs dizaines de structures en région Centre, chacune spécifique en raison de leur architecture, de leur organisation, de leur situation, des services proposés, de la population accueillie, etc.

« Qu’est-ce qu’un habitat intermédiaire ? Sont-ils des lieux de la vieillesse ? Un lieu pour bien vieillir ? Peut-on définir ces habitats par les services ? Par la vie collective ? »
Pour rendre intelligible la diversité de ces habitats, il propose différentes schématisations. Les différents schémas permettent de : – prendre conscience de la place des habitats intermédiaires dans le paysage de l’habitat pour personnes âgées ; – d’appréhender ses « champs d’actions/interventions/compétences » d’hier à aujourd’hui ; – de saisir l’hétérogénéité des formes d’habitats placés sous le terme « d’habitat intermédiaire » ; – en dépit de cette diversité, de proposer une liste d’éléments caractéristiques permettant de définir la notion d’habitat intermédiaire (HI).

Eléments pour caractériser les habitats intermédiaires :
– Un entre-deux entre le logement ordinaire et le logement collectif (institution)
– Un logement qui préserve le « Chez-soi » (mais qui du coup, interroge aussi ce sentiment)
– Un logement et un lieu de vie, adaptés aux difficultés causées par le vieillissement individuel
– Des services à disposition (peu ou beaucoup) sur place ou à proximité immédiate de l’habitat
– Une dimension collective : espaces partagées et vie sociale.

2. Pourquoi venir vivre en HI ?

Ce travail de définition des habitats intermédiaires a permis à Laurent Nowik et à ses collègues de mener différentes investigations sur la quasi-totalité des HI de la région Centre, et sur d’autres structures identifiées en France et à l’étranger. Des questionnaires ont été réalisés auprès des gestionnaires et des résidents. Au total plus de 1100 questionnaires ont été recueillis. Il reste que l’échantillon ne peut pas être considéré comme représentatif puisque la liste exhaustive des habitats intermédiaires de France n’est pas connue de la Statistique publique.

« Pourquoi les personnes âgées choisissent de vivre en habitat intermédiaire ? Les logiques de mobilités vers un habitat intermédiaire reprennent-elles les mêmes logiques que les mobilités vers les habitats traditionnels ? »

L’analyse factorielle des correspondances appliquée à cette question du « pourquoi » met en évidence trois pôles distincts, qui sont trois modalités de la mise en sécurité de soi. – Le pôle « Mode de vie » : il concerne 10 % des résidents, plus fréquemment en couple et plus jeunes que la moyenne. Les ressources de l’habitat intermédiaire sont pleinement utilisées, elles donnent du sens, mais le poids de la structure est maintenu à distance. Il s’agit de continuer à être libre. – Le pôle « Famille » : il concerne 15 % des résidents. La stratégie principale de la mobilité est le rapprochement familial plus que la recherche d’un habitat collectif avec services. Néanmoins, les caractéristiques de l’habitat intermédiaire sont considérées comme un « plus » pour l’avenir. – Le pôle « Protection de soi » : il représente 38 % des résidents. Il s’agit ici d’une recherche d’un logement adapté et de services pour faire face aux difficultés de l’avancée en âge. Les hommes vivant en couple qui ont cherché à mettre à l’abri leur conjointe dans la perspective de leur propre disparition sont surreprésentés dans ce pôle. – Les autres résidents gravitent à l’intersection de ces grands pôles.

Ces trois logiques de mobilités sont les mêmes que celles repérées dans la recherche sur les mobilités résidentielles des personnes âgées en milieu de retraite (plus de 70 ans) vers un domicile traditionnel (autre recherche menée par L. Nowik et A. Thalineau). Il n’y aurait donc pas d’effet « habitat intermédiaire » qui remettrait en cause ces logiques de la mobilité au grand âge.

3. La question de la perte d’autonomie

« La vie en HI apporte-t-elle satisfaction vis-à-vis des attentes d’origine ? »

La recherche de mise en sécurité de soi qui conduit les personnes âgées à venir vivre dans un habitat intermédiaire peut être, à terme, une stratégie d’évitement de l’EHPAD. Les individus espèrent ainsi pouvoir finir leur vie au sein de cet habitat, y compris s’ils perdent de l’autonomie. Pour les résidents, l’habitat intermédiaire n’est pas donc transitoire a priori. Pourtant la perte d’autonomie cristallise la limite « d’intervention » / « d’accueil » de ces habitats.

En interrogeant les résidents sur leurs attentes, sur ce qui est important à leurs yeux, Laurent Nowik montre que les individus les plus vulnérables sont paradoxalement ceux qui jugent comme moins important l’ensemble des éléments caractéristiques de l’habitat intermédiaire. La capacité de réponse des habitats aux attentes des résidents ne s’arrêterait-elle pas au niveau de la vulnérabilitéfragilité plutôt qu’au niveau de la perte d’autonomie ?

En conclusion :

L’habitat intermédiaire est un habitat proposant un mode d’habiteralternatif tant au domicile traditionnel qu’à l’institution médicalisée. Mais, la forme de cet habitat est plus ou moins adaptée à la perte d’autonomie. L’habitat intermédiaire n’est pas pour autant transitoire, il reste dans l’esprit des résidents et des gestionnaires d’établissement rencontrés dans cette étude un lieu choisi pour y rester « jusqu’à la fin » (aspiration déjà présente dans le rapport Laroque de 1962).

4
Pour aller plus loin :

– NOWIK, Laurent et THALINEAU, Alain (dir.). Vieillir chez soi : Les nouvelles formes du maintien à domicile. PUR, Rennes, 2014.

– NOWIK, Laurent. « La mobilité résidentielle des retraités ». In : HUMMEL C. , MALLON I. et CARADEC V. (dir.). Vieillesses et vieillissements, Regards sociologiques. PUR, Rennes, 2014.

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